Compte rendu du procès du 24 janvier 2014

Le rendez vous était donné à 14h place de Verdun.

Un peu plus d'une centaine de personnes étaient présentes devant le tribunal. C'était chouette, plein de gens différents, paysan-ne-s, syndicalistes, étudiant-es …

Seulement 19 personnes ont pu assister à l'audience, le reste doit patienter dehors.

Patienter joyeusement puisque les slogans fusent... Les passagers de chaque tram qui passait pendant ce temps pouvaient lire sur une banderole « Un potager en procès ? Faut pas pousser ! » et « Campus Durable – Round up social ». Tandis que d'un côté on confectionnait des tartines, de l'autre au discutait ou on chantaient des slogans comme « Non au plan Campus, oui aux plants qui poussent ! ». Un bel esprit de gaieté militante rappelant l'ambiance que l'on trouve parfois sur les Jardins d'Utopie.

A l’intérieur, le procès commence par 2 questions du juge : définir le terme « occupant » utilisé et démontrer la pertinence d'une procédure en référé.

La partie adverse (une avocate représentant le préfet de l'Isère et un avocat pour le PRES (la direction des universités) lui répond. Et c'est une succession de faux arguments qui s’amorce :

  • Comme notre défense consistait entre autres à nier le fait que Alex* et Jean* ( les deux personnes interpellées) étaient des « occupants » du jardin puisque l'huissier lui-même a constaté que rien ne justifiait l'hypothèse que l'on puisse habiter sur les jardins, la partie adverse justifie la qualité « d'occupants » de Alex et Jean par le fait qu'elles sont allées signer le procès verbal à la gendarmerie mais qu'ils ont refusé de donner leurs adresses. Premier mensonge : Quatre flics accompagnés de JF Vaillant (directeur de l'aménagement durable) ont entourloupés deux personnes qui se trouvaient sur le jardin un mercredi après-midi (moment de rendez-vous hebdomadaire de jardinage) en leur faisant signer un papier qui servirait selon eux « seulement à accéder au dossier » et que « leurs noms ne seraient pas utilisés ». Mauvaise surprise, maintenant c'est Alex et Jean qui se retrouvent au tribunal.

  • Ensuite, les avocats arguent que la discussion avec les Jardins d'Utopie est totalement impossible, que c'est un groupe fantôme, qui n'assume rien, hors contrôle, et qui serait d'ailleurs affilié à la terrible « mouvance anarcho-libertaire » (classique, nous y reviendrons plus tard).

  • S'ensuivent des amalgames douteux sur le squat de la fac de droit.

  • Puis, une autre tentative de remodelage de l'histoire : les Jardins d'utopie n'existeraient que depuis 2012, avant c’était un détail inoffensif. (nous y reviendrons aussi). Si les jardins d'utopie se sont « subitement développés » en 2012, c'est pour deux raisons, une parcelle a été détruite et le gazon replanté arbitrairement par la direction de l'UPMF à l'automne 2011, se faisant justice elle-même et rompant ainsi un dialogue fragile. Par ailleurs, le local de stockage des outils à été perdu à la même période, nécessitant un autre lieu de stockage : c'est le seul rôle actuel de la cabane qui n'a pas de vocation d'habitation.

  • Ils montrent donc un carnet de photos en disant au juge « vous voyez bien que c'est une occupation à caractère « permanent » car il y a des cabanes, des tentes, etc.. Ces photos amalgament des clichés de plusieurs époques en faisant croire que toutes ces constructions existent aujourd'hui. Ils oublient volontairement que la cabane actuelle est une reconstruction des précédentes dans un souci d'amélioration esthétique demandée par l'aménagement durable et accordé par les Jardins d'utopie. Les tentes n'existent plus.

    Après une remarque du juge : « on ne peut pas les qualifier d'occupants puisqu'ils n'habitent visiblement pas sur les lieux », la partie adverse tente un argument mémorable : « oui mais les plantations occupent de manière permanente le terrain » et rendent impossible le début des travaux (concernant l'exceptionnel projet de « place conviviale à dominante verte »).

  • L'avocat précise par ailleurs que la fac a proposé aux jardins d'utopies de s'intégrer à un projet de jardin partagé porté par une association (un vœu pieux, qui après plus de 4 ans de négociations n'est toujours pas près de voir le jour).

A plusieurs reprises l'avocat de la Fac a fait un joli lapsus, (qu'il serait déplacé de lui reprocher) en appelant les jardins d'utopie « les jardins d'élodie ». Nous espérons toutefois que le juge ne se livrera pas à la même erreur car nous regretterions que la renommée maison de retraite « les jardins d'elodie » subisse à leur insu les mêmes persécutions.

Puis, vient le tour de notre avocate qui ne s'enlise pas dans les mensonges adverses mais souligne que Alex et Jean ne sont pas des occupants et rajoute que l'urgence de ce procès n'est pas fondé puisque les jardins existent depuis 2006, de manière pas du tout anecdotique. Elle insiste sur l'utilité sociale des jardins d'utopie et pointe l'incompétence du tribunal administratif à trancher dans cette affaire (c'est un terme juridique pour dire que c'est pas le référé opportun), étant donné le caractère non urgent de la requête.

Enfin, JF Vaillant himself prend la parole pour dire que ce qui est en jeu est la tête de gondole de l'université, que les jardins ne correspondent pas à l'image que le PRES veut donner à l'international, aux lycéens etc ... et que c'est quand même à eux de maîtriser l'image du campus !

Ne surtout pas comprendre que les 40 000 étudiants présents chaque jour sur le campus n'ont pas le moindre mot à dire sur les projets d'aménagement qui leur sont destinés … Pour leur bien, c'est donc une dizaine de bureaucrates qui gèrent et administrent 180 hectares d'espaces de vie, de rencontre, de cultures, et de culture … en parfaits oligarches.

Pendant toute la séance, les personnes restées dehors se font entendre … les cris sont largement perceptibles à l'intérieur et permettent de montrer au juge le soutien aux jardins d'utopie.

Le procès est fini, le rendu sera pour le lundi 27 janvier dans l'après-midi.

Les personnes restent un peu dehors, font revivre un instant Daniel Balavoine avec une chanson parodiée, et font le point sur ce qu'il s'est dit dedans.

Puis une cinquantaine de personnes ont décidé d'aller boire un café à la même table que le directeur de l'aménagement durable, son avocat et sa suite. Ces derniers évacuent le bar sous une haie d'honneur conviviale à dominante verte, aux cris de « vaillant, démission ! ».

Chacun-e est finalement retourné(e) vers son destin.